Le logement a-t-il une incidence sur le comportement de nos chevaux ?

Dans la nature, le cheval est un animal vivant en contact étroit avec les autres membres de son groupe. Dans quelle proportion ce comportement social est-il modifié par l’habitat que nous imposons à nos chevaux domestiques ? Réponse dans cet article !

Les chevaux domestiques ont tendance à développer un comportement social très proche de celui de leurs congénères sauvages : ils montrent la même disposition de ceux-ci à suivre un guide, à établir des associations préférentielles stables entre eux et à installer une hiérarchie de dominance.


Lorsque les conditions de logement que l’homme leur impose le permettent, une structure sociale proche de celle observée en environnement sauvage est alors formée. La structure sociale de chevaux domestiques vivant en pâture n’est cependant pas parfaitement identique à un groupe sauvage pour diverses raisons : introduction par l’homme d’individus appartenant à un « troisième sexe » les hongres, ; modification du rapport entre les sexes de part l’absence fréquente d’étalon ; poulains sevrés plus tôt, entre 4 et 7 mois au lieu de 1 à 2 ans en conditions naturelles et qui sont ensuite élevés en groupes séparés, etc.

Mais lorsque les chevaux vivent en écurie, ces conditions de logement influencent fortement, voire modifie totalement, leur comportement naturel. Dans ce cas, ils n’ont généralement par la possibilité d’entretenir des rapports sociaux avec leurs congénères. Cette impossibilité a pour conséquence extrême le développement d’un certains nombre de conduites anormales (qui se manifestent par des stéréotypies comme le tic de l’ours, l’aérophagie, le fait de lécher les murs, …), des troubles du comportement alimentaires (coprophagie, pica, …), de l’agressivité et de la peur.

Le cheval en box étant dans l’incapacité d’adopter des comportements propres à son espèce, sa motivation pour les réaliser va s’accroître et le cheval compensera par la réalisation de manifestations aberrantes quand il sera au box. Lorsqu’il est lâché en paddock ou au pré, le risque d’atteintes, et la probabilité de combats augmentent également lorsqu’il profite de ce court moment de liberté pour effectuer un grand nombre d’activités et interagir avec ses congénères.

Ce phénomène est «l’effet rebond » : pendant la période de privation, la motivation à réaliser ces comportements a augmenté chez le cheval et une fois l’occasion donnée à celui-ci de les effectuer, leur fréquence est très élevée.

Quelles sont les perturbations du comportement que l’on peut observer ?

Les chevaux qui sont maintenus au box avec un isolement social se montrent plus agressifs car ils ne maîtrisent pas suffisamment le langage social pour pouvoir utiliser des interactions subtiles comme les signes de soumission ou d’évitement. En effet, ils n’ont pas eu l’occasion de les apprendre en raison de leur isolement. Le risque de combats est donc plus élevé chez ce genre d’individus. Par ailleurs, ces chevaux ont, une fois relâchés en pâture, une grande tendance à se réunir dans les groupes plus serrés, ce qui explique également le nombre élevés d’interactions entre individus. Ils ne réalisent pas fréquemment d’associations préférentielles puisque leur niveau élevé d’interactions les amène à avoir des actions avec un grand nombre d’individus.

Des observations de poulains sevrés ou logés dans des boxes ont également été menées. Ces études montrent que ces jeunes ont tendance à développer des activités de remplacement pour compenser l’ennui provoqué par l’impossibilité de réaliser un comportement alimentaire normal (pâturage), l’impossibilité d’interagir avec des congénères et le manque de surface pour se déplacer. Ces activités consistes en des mâchonnements de la porte du box, le léchage des murs, la ruade, des coups de pieds dans les murs, ou encore à se cabrer dans le box. De plus, ces jeunes chevaux passent plus de temps couché, ce qui affectera le développement de leur ossature.

Respecter sa nature !

Une modification des conditions de logement du cheval va réduire la fréquence des comportements anormaux. La méthode la plus efficace reste bien sûr de mettre le cheval en pâture avec d’autres congénères puisqu’elle représente le mode d’hébergement qui se rapproche le plus des conditions naturelles. Les causes d’apparition de ces comportements anormaux sont alors supprimées.

Permettre un contact visuel (voir tactile) avec des congénères offre une nouvelle activité au cheval qui tique. L’expression de cette nouvelle activité concurrence le temps utilisé pour le comportement stéréotypés, ce qui diminue sa fréquence.

Une autre modification des conditions de logement comme l’enrichissement environnemental à l’aide d’objets diminue également l’ennui du cheval au box et influera son comportement global. Il faut lui offrir quelque chose qui simule son comportement normal, telle que la recherche de nourriture. Un appareil de distribution de nourriture s’avère par exemple efficace dans le traitement des stéréotypies.

Loger des chevaux implique de respecter autant que possible leurs besoins naturels. Le cheval étant un animal social, vivre et communiquer avec d’autres congénères est indispensable pour lui. La pâture reste le meilleur environnement. Si nos chevaux domestiques sont logés malgré tout en box, il faut alors veiller à préserver leur vie social.


Anaël MARZIN
Responsable marché Equideos