Insémination artificielle de la jument : comment ça marche ?

La saison de reproduction va démarrer et vous avez prévu de faire saillir votre jument par insémination artificielle. Mais savez-vous comment cela fonctionne ? Quelles pratiques pour l’optimiser ? Cet article fait un focus sur l’IA chez la jument …

Définition de l’insémination artificielle

C’est une technique de reproduction assistée consistant à placer instrumentalement du sperme dans l'utérus de la femelle, permettant ainsi d’éviter le rapport sexuel.

L’insémination artificielle permet un contrôle sanitaire plus strict. Elle élimine les vulvoplasties répétées et les risques liés à des animaux vicieux. Elle permet de diminuer le nombre de sauts à effectuer par les étalons et d’améliorer leur fécondité. Elle peut augmenter le nombre de juments saillies par étalon. Elle permet d’évaluer le sperme des étalons à chaque récolte et de constater des changements de qualité du sperme. Elle permet aussi de mieux utiliser les étalons âgés.

Les différentes techniques chez la jument

La monte en main qui consiste en la présentation de l’étalon à la jument immobilisée par un homme la tenant en main. Elle n’est pas une insémination artificielle à proprement parler mais elle implique une intervention humaine.

L’insémination artificielle peut être réalisée avec différents types de semence. Lors de l’insémination en semence fraîche, le sperme récolté est utilisé pour inséminer une jument dans les 30 minutes qui suivent la récolte. Ceci nécessite que les deux reproducteurs soient à proximité l’un de l’autre et de pouvoir procéder à la récolte de l’étalon dès que la jument est prête à ovuler. Lorsqu’un transport est nécessaire ou lorsque la jument ne peut être inséminée immédiatement, la semence récoltée peut être utilisée jusqu’à 24 heures après la récolte en étant refroidie à 4°C. Il s’agit alors de semence réfrigérée utilisée sur place ou transportée. Enfin, lorsque la semence est récoltée pour une conservation de durée indéterminée, elle est congelée dans l’azote liquide. Dans ce dernier cas, le suivi de la jument devra être strict pour obtenir une fécondation, car une fois décongelé le sperme ne sera viable que quelques heures.

Déroulement de l’insémination artificielle

Elle débute par la récolte du sperme, en général les étalons sont prélevés tous les deux jours. Ensuite la semence nécessite une préparation et parfois une conservation.

L’enjeu de la réussite de la mise à la reproduction lors de monte artificielle est la rencontre d’un ovocyte viable et de spermatozoïdes capables de le féconder. Les spermatozoïdes en fonction du type de semence ont une durée de vie différente une fois qu’ils sont introduits dans le tractus génital femelle. Le suivi échographique des juments à l’approche de l’ovulation, ou l’induction de l’ovulation sont donc des points clés de la réussite de la mise à la reproduction car ils permettent d’estimer au mieux le moment de l’ovulation et ainsi de respecter le délai de capacité des spermatozoïdes à féconder l’ovocyte libéré. La durée de vie des spermatozoïdes étant variable en fonction du type de semence, l’intensité du suivi à mettre en place pourra être modifiée en fonction du type de monte choisi. De manière générale, plus la semence choisie est fragile, plus le suivi est rapproché. Lors d’une insémination en semence fraîche, on peut suivre les juments toutes les 36 à 48 heures à l’approche de l’ovulation. Lors d’utilisation de semence congelée, il est préférable de suivre les juments toutes les 6 heures. Enfin, lors d’insémination en semence réfrigérée, le suivi toutes les 12 à 24 heures peut être suffisant.

Pour la mise en place de la semence, la jument à inséminer doit être en chaleurs (présence d’un follicule pré-ovulatoire, col ouvert et mou, comportement caractéristique à la barre). La vulve est soigneusement désinfectée, rincée et séchée. La queue est bandée. La vulve et le vagin sont lubrifiés avec de l’huile de vaseline (substance inerte vis-à-vis des spermatozoïdes). La dose de sperme est déposée dans l’utérus, derrière le col, en limitant au maximum les contaminations extérieures. Un contrôle par échographie est effectué le lendemain (semence congelée) ou le surlendemain (semence fraîche ou réfrigérée) ; si le follicule est toujours intact, la jument n’a pas ovulé et elle est inséminée à nouveau.

Lors du choix d’un protocole d’insémination, le type de monte choisi dépend généralement de l’étalon et du type de semence qu’il produit, et le nombre d’inséminations effectuées dépend de la disponibilité et du coût de la semence. Cependant, il est important d’adapter le protocole à la jument afin d’avoir une fertilité optimale, et cela parfois à l’encontre des préférences des propriétaires. De manière générale, la fertilité obtenue par cycle est moindre lors de l’utilisation de semence congelée (de l’ordre de 40%) que lors de l’utilisation de semence réfrigérée ou fraîche (60 à 70%). De plus, l’âge de la jument et son historique de reproduction sont des paramètres importants à prendre en compte, puisqu’il a été montré dans diverses études que les juments âgées de plus de 14 ans présentent une fertilité moindre par cycle et un taux de mortalité embryonnaire plus élevé. Cette baisse de fertilité chez les juments âgées est d’autant plus importante lors de l’utilisation de sperme congelé.

Sources :
M.Magistrini, 1999. L’insémination artificielle chez les équins. INRA-Haras nationaux.


Suzie Bathellier
Chef de produit